Manifestations

Blog Pilote

« Un art autrement avec la population »

Festival de Fantaisie Communicative

Les Pas Perdus et l’Art de Vivre ne se contentent pas de partager des locaux dans la Friche artistique du Comptoir de la Victorine à Marseille. Ces deux associations d’artistes ont surtout en commun le désir d’ancrer leur création au plus près des gens. Ils lancent leur Festival de Fantaisie Communicative. A nous d’être créateurs.

A écouter : La compagnie l’Art de Vivre et le collectif Les Pas Perdus proposent la 1ère édition du Festival de Fantaisie Communicative. Un reportage de Marc Voiry

 
icon for podpress  Le Festival de Fantaisie Communicative [23mn23]: Play Now | Play in Popup

Trois jours d’ouverture permanente, de 12h à sans doute tard dans la nuit, uniquement pour diffuser de l’art contemporain et ce dans (et surtout pour) le quartier le plus socialement défavorisé de Marseille ! Mais comment impliquer une population qui ne se sent pas particulièrement concernée par la création contemporaine ? « L’art, Autrement avec les habitants » ; le credo défendu par Les Pas Perdus et l’Art de Vivre est tout sauf élitiste. En effet, ces deux compagnies artistiques ne se considèrent pas comme des « Elus de l’art », chargés de prêcher la bonne parole de la démocratisation culturelle. Ce principe apparemment généreux consiste à élever le peuple vers l’excellence artistique, mais, se révèle finalement assez peu démocratique : il impose une hiérarchie a priori entre les rares détenteurs du bon goût et tous les autres. Prétendre maîtriser les clés du jugement esthétique devient alors un enjeu de pouvoir et de domination. Donc un moyen de sélection. L’art de Vivre et les Pas perdus ne se reconnaissent pas dans ce modèle : « Aujourd’hui, le tri sélectif sert de modèle, d’exemple à suivre. Il s’agirait en se débarrassant de l’inutile, d’arriver à l’essentiel (…) Le rapport ludique que nous entretenons avec le monde nous amène à vouloir nous confondre avec ce qu’il y a de plus commun, plutôt que de ressembler à ce qui se fait de plus singulier (…) Notre souci n’est pas ici pédagogique, formateur ou « social » mais profondément artistique, en recherche d’une expression sensible brute, ignorante des cadres des conventions et du bon usage de l’Art ».

Pour décomplexer le rapport à la création artistique L’art de Vivre n’a pas trouvé mieux que d’inventer une radio. Radio Belle Victorine ne diffuse pas de programmes préenregistrés et pré-mâchés. Cet outil conçu pour travailler avec les publics sert de support à des « ateliers de bricolage et d’excentricité ». En somme, des prétextes pour exprimer « sa fantaisie et ses dispositions poétiques ». Radio Belle Victorine « émettra » dans le cadre du Festival de Fantaisie Communicative. Et il y aura autant à voir qu’à entendre. Des « artistes d’occasion », présents dans les divers ateliers de l’Art de Vivre, se mêleront aux artistes comédiens et musiciens professionnels de la compagnie pour proposer sur le quartier divers événements festifs radiophoniques dans le studio mobile ou sur le car podium de Radio Belle Victorine (théâtre radiophonique- dramatique radio, jeux radiophoniques, orchestres bruitistes, bal et récital de chansons, parades sonores… ). Certains rétorqueront que notre époque ne prête pas à rire ? N’est-elle pas au contraire éminemment ridicule ? Les gens qui ne se prennent pas au sérieux ne doivent pas être pris à la légère. Ainsi, le 29 mai, hommage sera rendu à l’auteur russe Danill Harms : une fantaisie poético-musicale inspirée des Å“uvres d’un homme qui, malgré tous ces efforts, n’arriva pas à être aussi hilarant que son époque. Son humour avait beau être totalement absurde et dévastateur, il l’était toujours un peu moins que le système stalinien qui fit mourir l’artiste en détention psychiatrique. Rassurons-nous, ses pièces ont survécu et n’ont rien perdu de leur mordant. A croire qu’elles sont toujours d’actualité…

On pourrait aussi dire des Pas Perdus qu’ils proposent, modestement, leur antidote à l’idée même d’autoritarisme. Depuis 1994, Guy-André Lagesse et ses multiples complices parcourent le monde avec Mari Mira. Cette exposition itinérante, «art de la coquetterie avec des choses de peu», se nourrit des pratiques populaires des pays qu’elle traverse et grandit ainsi au fil des étapes. Leur nouveau projet, les Maisons de l’ordinaire et de la fantaisie, prolonge cette aventure. Ici, ce sont les espaces semi-publics de Marseille qui sont investis (associations, clubs de loisirs, de cartes, de boules ou de supporters, maisons pour tous…). A partir des centres d’intérêts de leurs occupants, des désirs et des besoins de ces derniers, les artistes initient des opérations de transformation des lieux. Pas de baguette magique : juste accorder un peu plus de confiance à notre esprit de créativité. Première réalisation : un jardin extra et ordinaire, sur le toit terrasse de la Maison pour tous de la Belle de Mai.

Le Festival de Fantaisie Communicative sera aussi l’occasion de préfigurer un nouvel espace au Comptoir de la Victorine : l’Idéothèque. « Un lieu de pratiques artistiques multiples inscrivant la vie quotidienne et les personnes qui fréquentent le lieu au coeur de la création » . Quelques éléments du programme d’inauguration :

• Installation environnementale de modules-salons.

•Palettes-Palace, salle de ciné de fortune avec projection d’un choix de films internationaux fabriqués avec des habitants.

• Espace écoute avec écouteurs, de créations fantaisies sonores.

• Modulo-bar Apéritif maison.

• Cuisine thématique avec la KuiZin et spécialités des habitants…

 

Fred Kahn

 

L’art autrement avec les habitants. Organisé par L’Art de Vivre et Les Pas Perdus. Les 29, 30 et 31 mai. Comptoir de la Victorine et dans le quartier Belle de Mai/ Saint Mauront, 13003 Marseille. Entrée libre et gratuite. Rens. : 04 91 50 07 38 / 04 91 64 31 04

 

 

Créez un Trackback à partir de votre site.

No Comments, Comment or Ping

Reply to “« Un art autrement avec la population »”

FireStats icon Powered by FireStats
Fermer
E-mail It