La science du sport
Festival della scienza de Gênes

Le Festival de la science de Gênes est l’un des événements actuels les plus importants pour la circulation de la connaissance scientifique. Marseille Provence 2013, dont l’un des axes de programmation concerne le rapprochement entre la recherche scientifique et la recherche artistique, s’associe à cette manifestation. L’association a invité des chercheurs qui travaillent sur la métropole marseillaise à présenter leurs travaux dans le cadre de ce festival. L’Institut des sciences du mouvement Etienne-Jules Marey proposera ainsi deux conférences. Il sera notamment question de l’innovation technologique dans le domaine du Sport…
Entretien sur ces questions avec Eric Berton, le directeur adjoint L’Institut des sciences du mouvement et Nils Gueguen, chercheur en biomécanique et ingénierie du sport.
Eric Berton directeur adjoint : L’Institut des sciences du mouvement relève du CNRS et de l’université de la Méditerranée. Ce laboratoire travaille sur le mouvement humain et ses déterminants neuromécamiques, biomécaniques, physiologiques… mais également psychologiques anthropologiques et sociologiques. Notre approche est résolument pluridisciplinaire. Les différents champs scientifiques sont réunis au sein de la même équipe. Nous pouvons ainsi étudier chaque question dans sa globalité.
De quelle manière allez-vous intervenir à Gênes ?
Eric Berton : Jean-Louis Vercher, notre directeur, donnera une conférence très générale sur nos activités. Nil Gueguen, qui développe des recherches dans les domaines de la biomécanique et de l’Ingénierie du sport, se recentrera, lui, sur l’articulation entre la biomécanique, la recherche technologique et le sport.
Vos travaux ont donc des applications très concrètes ?
E. B. : Nos travaux permettent d’augmenter les performances. Mais il ne s’agit pas uniquement de la question des gains de productivité, mais aussi des gains pour la santé. Les applications concernent autant l’ingénierie sportive, l’ergonomie des postes de travail que les déficiences motrices.
Vos recherches semblent prouver que les conceptions philosophiques et religieuses qui visent à séparer le corps et l’esprit sont scientifiquement inopérantes ?
E. B. : Il est évident que des liens très forts existent entre le corps et l’esprit. La biomécanique et les neurosciences ne peuvent pas être pensé séparément. Mais il n’est pas de notre ressort de nous positionner sur des considérations philosophiques. Notre posture est scientifique et nos études ont pour ambition de détecter les mécanismes à l’intérieur du corps humain.
Peut-on mettre le corps en équation? N’y a t-il pas une part non mécanique chez l’être humain qui échappera toujours à l’étude rationnelle ?
E. B. : Les mouvements et le corps sont mis en équation. Sur ces questions nous avons développé une expertise très fine. Ce qui nous échappe, c’est le pourquoi du mouvement. C’est la raison pour laquelle les études traitant de la biomécanique en général et du sport en particulier sont très intéressantes. Le geste sportif est un geste à la fois complexe et répétitif qui permet des études approfondies. Nous cherchons à comprendre quelles sont les liaisons entre la commande motrice et le mouvement exécuté. Le geste n’est que la conséquence d’une intention.
La recherche au bénéfice de l’innovation technologique dans le domaine du sport augmente la performance des athlètes, mais qu’en est-il de leur épanouissement ?
Nils Gueguen : Quand on se met au service de l’athlète, on va développer des produits qui vont améliorer sa performance. L’épanouissement peut aussi être psychologique car notre réponse peut déverrouiller un problème clés qui empêchait le sportif de développer plus en avant ses performances. Elle peut aussi participer à la préservation de la santé. L’exemple le plus parlant c’est la chaussure. Nos travaux visent à la fois à améliorer la performance physique tout en préservant la santé en réduisant les risques de traumatisme. Le geste optimal est celui qui apporte le maximum de puissance avec un minimum de traumatisme.
Comment intégrez-vous les éléments psychologiques et subjectifs qui sont très difficiles à quantifier et à interpréter ?
N. G. : On ne peut pas faire abstraction de ces éléments. Notre activité consiste justement à étudier l’homme dans sa globalité et dans son environnement. C’est la raison pour laquelle nos équipes sont pluridisciplinaires. Mais le sujet est tellement vaste que l’on n’en fera jamais le tour. L’homme est très complexe et il est très difficile d’isoler tous les facteurs qui améliorent la performance. Nous cherchons à optimiser des matériaux et des ergonomies. Donc nous allons tenter de contrôler au maximum les conditions expérimentales qui vont nous permettre de déterminer si oui ou non un produit est plus performant. Les sujets sont mis en confiance dans des situations d’expérimentation optimales. Nous contrôlons l’environnement et les gestes pour tenter d’isoler le facteur qui nous intéresse. Une fois que nous avons déterminé qu’un produit est plus avantageux, on peut s’intéresser à son impact en terme socio psychologique et culturel. De toute façon, si un athlète sait que son matériel est l’un des meilleur du moment, il est dans une position psychologique favorable.
Propos recueillis par Fred Kahn
Conférence de Jean-Louis Vercher le 3 novembre et de Nils Guegun le 4 novembre.
Festival de la science de Gênes. Du 23 octobre au 4 novembre.
L’Institut des sciences du mouvement Etienne-Jules Marey est une Unité Mixte de Recherche (UMR), associant l’Université de la Méditerranée (Aix-Marseille 2) aux départements scientifiques Sciences du Vivant et ST2I du CNRS.
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