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On ne connaît pas assez la chanson

Les Universités d’automne du Hall de la chanson

Le bus du spectacle itinérant Bagages accompagnées

Le Hall de la chanson organise son Université d’automne à Marseille. Cinq jours consacrés à l’étude de la chanson française dans et à travers l’Histoire. Ces rencontres, destinées aux cadres enseignants de musique, de français et d’histoire, offrent également quelques événements grand public. Serge Hureau, directeur du Hall, nous explique pourquoi la musique populaire est non seulement une discipline artistique et poétique à part entière, mais également un puissant révélateur du fonctionnement politique et social de la société française. Quant à Marseille, elle a toujours été aux avant-postes de cette histoire… Une place qu’elle n’est pas prête d’abandonner.

Le Hall de la chanson a pour mission de valoriser un patrimoine musical méconnu, oublié et parfois injustement négligé. Ce Centre national mène toute une série d’actions afin de mettre en lumière les multiples généalogies de la chanson française. Cette histoire est bien évidemment musicale et poétique, mais elle témoigne aussi des mutations de la société française. « Avec une chanson vous comprenez comment vivaient les populations, ce qu’ils pensaient et ressentaient, explique ainsi Serge Hureau, le directeur du Hall. Des musiques très anciennes dépassent les vivants d’aujourd’hui. Les chansons de la Renaissance ou même du Moyen âge ont encore des influences importantes aujourd’hui particulièrement dans le Sud de la France. Des artistes s’inscrivent directement dans une filiation avec les troubadours d’autres fois. Les Fabulous Troubadors, le Massilia Sound System, Lo Cor de la Plana… s’intéressent énormément à l’histoire musicale de leur région ». Impossible donc de valoriser l’aventure des musiques populaires sans travailler sur l’ensemble du territoire. Le Hall est implanté à Paris, au Parc de La Villette, mais son action est totalement délocalisée. « D’ailleurs, nous travaillons aussi beaucoup sur internet avec un site qui offre toute une série d’expositions virtuelles, des modules qui racontent l’histoire de la chanson française ».

Mais, si des traces et des prolongements existent sur internet, ce sont aussi des actions totalement incarnées que le Hall mène un peu partout en France. Et la région marseillaise est un point d’ancrage incontournable pour reconstituer la richesse de ce patrimoine national qui ne connaît pas de frontière. En effet, Marseille est depuis longtemps une ville phare pour les musiques populaires. « Le concept de café concert qui a émergé dans les grandes capitales européennes, Londres, Paris et Bruxelles, a immédiatement fonctionné à Marseille où l’Alcazar est devenu l’un des très hauts lieux de la chanson ». Pas étonnant donc que le Hall de la Chanson entretienne une relation privilégiée avec la Cité phocéenne. Tout a commencé il y a dix ans. « La Cité de la Musique de Paris nous a proposé d’organiser une soirée sur la chanson. J’ai décidé de mettre en scène un événement sur la musique populaire marseillaise. A cette occasion, j’ai rencontré toutes les familles de la chanson de la ville : Juan Carmona, Massilia Sound System, Jo Corbeau, Alain Aubin, Quartiers Nord, Cheb Aïssa, Lili Boniche… Et j’ai proposé une soirée sur le principe d’une revue marseillaise. Ce spectacle a ensuite été repris sur le Vieux Port pour le lancement de la Coupe du monde de football. Dans la foulée, pour l’anniversaire des 2600 ans de la Ville de Marseille, les organisateurs nous ont demandé de prendre en charge un des moments du défilé. Nous avons réalisé un tableau burlesque à deux dimensions : un bus sonorisé par les Massilia, avec, trônant sur le toit, une magnifique sirène en référence à l’Alcazar ; dans le sillage de ce bus musical, une chorale marseillaise revisitait les airs de Vincent Scotto sur des rythmes actuels… Ensuite, avec l’aide de la Ville et de la Région Paca, nous avons créé un spectacle, Bagages accompagnés, qui, lui aussi, se déroulait dans un bus. Nous circulions dans les quartiers de Marseille et dans les villages de la région en invitant les gens à monter à bord de notre véhicule pour participer à une exposition-spectacle. Un comédien activait des dispositifs placés dans des valises pour faire entendre des musiques chantées dans toutes les langues pratiquées dans la région Paca. Les valises contenaient les traces des différents héritages musicaux de la région : l’Orient, la Corse, l’Afrique Noire, l’Italie, la Provence… Le spectacle comportait quatre étapes. Chaque scène plaçait le public dans une situation différente. Les gens pouvaient ainsi voyager dans l’univers de la chanson et rencontrer les différentes familles qui la composent… ».

Cette complicité ne semble pas prête de s’arrêter puisque le Hall de la chanson compte s’inscrire dans le projet de Marseille Provence 2013. « Nous voulons rallier les Ateliers de l’Euroméditerranée en proposant un volet sur la chanson et les musiques populaires. Nous envisageons d’ouvrir une antenne du Hall de la chanson à Marseille pour développer des actions de transmission sur la Méditerranée et la chanson ». L’Université d’automne de la chanson permettra d’ailleurs de lancer cette idée d’Atelier de la Méditerranée de la chanson. « A cette occasion, nous proposerons au public marseillais deux conférences chantées. La première sur les influences françaises de la chanson italienne par Gianni Borgna qui est président de l’Auditorium de la Fondazione Musica de Rome. Il sera accompagné par Roberta Albanesi au chant et Cinzia Gangarella au piano. La seconde conférence portera sur les influences italiennes de la chanson marseillaise. Jacques Bonnadier et Pierre Echinard seront accompagnés par un artiste marseillais ».

Outre cette action de préfiguration, d’autres conférences chantées par des artistes (Frédéric Nevchehirlian, Claude Sicre, Joseph Racaille…) seront ouvertes au public. Pour le reste, l’Université d’automne s’adresse principalement aux personnes ressources de l’Education National. Ainsi, cent vingt cadres venus de toutes les académies de France participeront à ces rencontres qui se dérouleront à la Bibliothèque de l’Alcazar, à la Cité de la Musique et aux Archives départementales. « Nous proposerons un panorama de l’histoire de la chanson de la renaissance à aujourd’hui. Les intervenants sont des universitaires, des journalistes et des artistes. Nous traiterons de sujets aussi variés que la chanson sociale et politique, les poètes du XIXe siècle mis en musique, ou encore la notion de culture jeune dans la chanson… Chaque matinée s’achèvera par des « Feuilletons d’histoire de la chanson », une troupe de chanteurs et un musicien traverseront ainsi le temps en interprétant des répertoires correspondant à chaque époque… ». L’approche croisera ainsi les disciplines (lettre, histoire, géographie et éducation musicale), mais aussi les modes d’analyse et d’interprétation (ateliers, conférences et interventions souvent accompagnées d’interprétations chantées en direct par des artistes). « Entre maîtrise de la langue et culture humaniste, ce sont deux piliers fondamentaux du socle commun de connaissances et de compétences qui seront enrichis par cette opération ».

Fred Kahn

Université d’automne de la chanson, du 27 octobre au 31 octobre. Bibliothèque de l’Alcazar ; Cité de la Musique ; Archives départementales
Conférences chantées  du 28 au 21 octobre. De 17h30 à 19h30. Bibliothèque de l’Alcazar ou Archives départementales. Le Hall de la chanson. Parc de la Villette - 211, Avenue Jean Jaurès 75019 Paris
Tél : 01.53.72.43.00. http://www.lehall.com/

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