Comprendre et ressentir le mystère La Pérouse
Conférence-concert

Enfants du village de Païou à la flûte de pan. ©H.P.Aberlenc, 2005Â
Dans le cadre de la fête de la science et avec le soutien de Marseille Provence 2013, Jean Bernard Memet, expert en conservation préventive et corrosion marine, nous invite à suivre les traces de Jean-François de Galaup, Comte de La Pérouse. Il lèvera un coin du voile sur le mystère du naufrage de ce marin d’exception. Il sera accompagné par le musicien Laurent Rigaud. Ce dernier fera entendre les traditions instrumentales et musicales des populations de l’île de Vanikoro qui désormais veillent sur les épaves englouties. Il s’agira donc non seulement de comprendre, mais aussi de ressentir cette aventure exceptionnelle.
Comment est né votre intérêt pour La Pérouse ?
Jean Bernard Memet : Dans le cadre de mes précédentes fonctions au sein du laboratoire Arc’Antique à Nantes, j’étais responsable de la restauration d’objets archéologiques sous marin. Ma double compétence de spécialiste en conservation et de plongeur professionnel m’a entraîné sur les traces de La Pérouse… L’histoire de son expédition est absolument passionnante. Quant on commence à s’y intéresser on ne peut plus décrocher.
Qu’a-t-elle de si exceptionnelle ?
J.B. M. : L’expédition La Pérouse était commanditée par Louis XVI. Il est parti de Brest en août 1785, avec deux bateaux, La Boussole et l’Astrolabe. A leurs bords, 212 hommes d’équipage, dont 25 scientifiques, parmi les plus réputés de l’époque. Car cette expédition était portée par une grande ambition scientifique. Elle avait pour objectif de redessiner les contours du monde, mais aussi de découvrir de nouvelles espèces animales ou végétales… Malheureusement, elle à fait naufrage du côté des îles Salomon en mai/juin 1788. Comme on ne recevait plus de nouvelles de La Pérouse, des recherches furent lancées pour retrouver sa trace. C’est Peter Dillon, le fils d’un marin irlandais installé en Martinique, qui découvrit, dans des conditions exceptionnelles, l’emplacement du naufrage. En 1817, alors qu’il croisait aux abords des îles Salomon, une mutinerie éclate sur son bateau. Il arrive à la contenir et débarque les mutins sur une île. Dix ans plus tard, Peter Dillon repasse dans la zone et s’inquiète du sort de ces marins. Ces derniers non seulement ont survécu, mais se sont intégrés à la population locale. Ils sont donc de parfaits traducteurs… Car Peter Dillon découvre au cou du chef du village un pommeau d’épée signé La Pérouse. Grâce aux marins, il a pu retranscrire le témoignage le plus proche de l’événement. Que dit cette tradition orale ? « Un jour où les arbres fruitiers de l’île sont tombés, donc un jour d’ouragan, deux grandes pirogues à voile se sont échouées sur les récifs. L’une a coulé immédiatement. La deuxième n’a sombré que le lendemain. Des êtres blancs ont donc pu rejoindre l’île. Ils ont résisté aux attaques de la population qui était alors anthropophage. Ils se sont abrités derrière une palissade et ont construit une nouvelle pirogue avec laquelle, six mois plus tard, ils ont repris la mer ». A partir de ce moment là , le besoin de savoir ce qu’il était advenu à l’équipage et à La Pérouse n’a pas cessé de grandir.
Vous avez d’ailleurs participé, en 2003 et 2005, à deux des expéditions qui ont été lancées sur les traces de La Pérouse.
J.B. M. : Cette aventure a débuté en 1980 par le biais de l’association Salomon dont le président, Alain Conan, est une véritable encyclopédie vivante sur La Pérouse. L’association a organisé plusieurs campagnes de recherches. Ces expéditions ont permis de relever un certain nombre d’objets, mais nous n’arrivions pas à comprendre correctement le scénario du naufrage. A partir de 1999, pour être plus précis dans l’expertise technique, Alain Conan a fait appel à des archéologues professionnels. L’emplacement du camp où les marins se sont retranchés pour construire leur pirogue a ainsi été mis à jour. Et, en 2003 et 2005, nous avons découvert les témoignages archéologiques sous-marins qui nous ont permis de reconstituer précisément le fil du naufrage des deux bateaux. Il reste néanmoins un grand mystère que l’expédition 2008, n’a pas encore tout à fait éclairci. L’association Salomon, avec l’aide de l’Etat, est repartie fouiller la zone correspondant aux cabines des officiers. Malheureusement, la difficulté de fouilles, due à l’abondance des récifs coralliens, n’a pas encore permis de découvrir des témoignages des officiers. On n’a toujours pas trouvé, mis à part le fameux pommeau d’épée récupéré par Dillon, les objets personnels de La Pérouse, si ce n’est en 2005, un sextant sur lequel j’ai pu travailler et qui identifiait formellement le bateau commandé par La Pérouse. C’est très probablement le navire qui a coulé immédiatement.

Sextant découvert sur le site qui a révélé le nom du fabricant « mercier » et permis l’identification formelle de La Boussole.©J.B.Memet, Arc’Antique, 2005
Quelles étaient vos fonctions lors de ces expéditions ?
J.B. M. : J’étais responsable du laboratoire de conservation des objets archéologiques qui était installé à bord du bateau. Tous les objets récupérés par les fouilles passaient entre les mains de l’équipe que je coordonnais. Il fallait réaliser un constat d’état de ces objets et prendre les premières mesures d’urgence pour leur conservation à long terme.
Vous invitez donc le public à découvrir ce mystère La Pérouse. Mais pourquoi une conférence concert ?
J.B. M. : Quand je ferme les yeux et repense à ces expéditions, j’ai certes le souvenir d’un stress intense du à des journées de travail harassantes qui commençaient à l’aube et s’achevait à 1 heure du matin. Mais, je garde aussi en mémoire des moments de pauses merveilleux. Au crépuscule, les habitants de l’île arrivaient sur des pirogues et nous jouaient des airs de musique locale. Nous allons tenter de reproduire cette sensation inoubliable. J’ai proposé à un musicien, Laurent Rigaud, spécialiste des idiophones, de travailler sur les sonorités des îles Salomon pour les retranscrire lors de ces conférences.
Cette conférence musicale a donc vocation à augmenter notre savoir tout en enrichissant nos sens ?
J.B. M. : Nous sollicitons en effet tous les sens pour essayer de faire comprendre, à la fois, la démesure de ces expéditions, le mystère du naufrage et la dimension extrêmement apaisante de ces îles. L’imaginaire sera mis à contribution autant visuellement, avec des photos, que par l’écoute des sonorités…
Propos recueillis par Fred Kahn
Conférence-Concert : Vanikoro, sur les traces de Lapérouse. par Jean-Bernard Memet.
Au Musée Départemental de l’Arles Antique. Le jeudi 20 novembre à  18 heures.
Au Muséum d’Histoire Naturelle de Marseille. Le samedi 22 novembre à  14h30.



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