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Réclame

300 mètres chanteurs

Pour Lieux Publics, centre national de création des arts de la rue, Brigitte Cirla, Marianne Suner et Jean Tricot créent, le samedi 10 mai dans la rue Saint-Ferréol à Marseille, un concert avec 10 solistes et 200 choristes. A l’heure où les commerçants baissent le rideau, les voix réclament leur dû poétique…

« À l’heure où s’abattent un à un les rideaux de fer des magasins, s’envole une voix.
Une plainte lui répond.
Un chant tel un courant d’air est repris de bouche en bouche et s’enfuit jusqu’au bout de la rue.
Des porches et des vitrines gronde un charivari de claquements de doigts, un bastringue de clappements de bouche, un boucan de clapotages de joue.
Les voix se frottent, bruissent, sifflent, chuchotent, murmurent.
Une clameur monte de la Préfecture à la Bourse.
Une vague de réclames enfle jusqu’au tollé général.
De cette cacophonie jaillit ici un trio vocal raffiné qui vante les promesses d’un bonheur éternel, là, un duo en forme de sérénade s’étire en ondes resserrées d’un bout de la rue à l’autre. »

A écouter : Un avant-goût de Réclame par Célia Pascaud

 
icon for podpress  La répétition du spectacle Réclame rue Saint-Ferréol [3mn49]: Play Now | Play in Popup
 

Rencontre avec Brigitte Cirla, directrice artistique des Voix Polyphoniques:

Fred Kahn : Lieux Publics vous a passé commande d’une œuvre musicale pour la rue Saint-Ferréol ? Comment répondre à ce type de défi ?

Brigitte Cirla : Je ne suis pas une artiste de l’espace public. Mais depuis cinq ans, je réponds à ce type de sollicitation. Ce qui me plaît dans la commande, c’est la contrainte. Plus elle est forte, plus je suis obligée de trouver des réponses adaptées. En ce qui concerne la rue Saint-Ferréol, ma première préoccupation concernait la sonorisation de l’espace. Je ne voulais pas utiliser des sons amplifiés, donc la force de l’écriture devait amener les gens au silence. L’émotion devait être suffisamment forte pour forcer l’écoute. Je réalise des spectacles de chambre pour l’espace public; une musique qui est à portée d’oreille humaine. L’espace public a priori n’est pas configuré comme un espace fermé, à moins de le rendre résonnant. J’aime bien recréer dans la rue un rapport d’écoute intime et intérieure.

 

F. K. : La voix permet d’instaurer cette relation ?

B. C. : La voix est à la fois l’instrument et le musicien. Elle porte une émotion très forte. Les expressions théâtrale et musicale sont indissociables. A travers la voix on s’adresse directement aux gens. Mais c’est aussi un instrument extrêmement fragile.

 

F. K. : Le spectacle s’appelle Réclame. Ce titre renvoie directement à la fonction commerciale de la rue Saint-Ferréol.

B. C. : Je me suis mis à la place d’un spectateur qui arpente cette rue. Il voit des vitrines et lit des inscriptions publicitaires. Nous sommes donc partis de tous ces slogans qui parlent de la vie et de l’argent. Ce n’est pas qu’une entreprise de détournement de la publicité, un simple clin d’œil. Je voulais réellement faire de la musique et utiliser ces phrases comme des supports poétiques. Mais avec les deux compositeurs, Marianne Suner et Jean Tricot, on a vite ressenti le besoin d’instaurer un autre fil rouge. Je voulais m’appuyer sur un matériau qui procède de l’imaginaire collectif. Une chanson de Barbara « Dis quand reviendras-tu ? » s’est imposée comme une évidence. Nous avons utilisé des phrases de cette chanson comme une espèce de refrain de la pièce musicale. Finalement, alors que nous voulions proposer un spectacle festif et joyeux, nous avons écrit quelque chose d’assez nostalgique.

 

F. K. : Un espace très vaste, non amplifié, avec comme seul instrument la voix, cela implique beaucoup d’interprètes ?

B. C. : Il y aura 10 solistes et 200 choristes sur 200 mètres de rue. Nous voulions que les chanteurs donnent réellement de la voix, qu’ils ne se cachent pas dans la masse. Ils ont vraiment quelque chose à défendre. Nous allons faire entendre de la musique du XXIe siècle et non du XXe siècle. Elle n’est pas construite sur les harmonies majeures que les gens ont l’habitude d’entendre. Nous avons créé trois espaces dans la rue. Le spectateur peut déambuler, il peut aussi être entre deux espaces qui ne produisent pas le même chant. Nous avons pensé à toutes les configurations et nous avons intégré le temps de circulation du son. J’ai aussi été vigilante à la dimension visuelle. Je surélève les choristes. Quand on voit les gens chanter, on comprend mieux ce qu’ils chantent. Je travaille également avec une costumière, Virginie Bréger. En s’inspirant des textes du spectacle, elle a réalisé des chapeaux pour tout les intervenants…

 

F. K. : Qu’apporte en plus l’espace public et qu’enlève-t-il ?

B. C. : L’espace public est un spectacle en soi pour celui qui joue dedans. Les décors naturels sont souvent impressionnants. Et puis l’artiste voit le public. Quant à la pièce, elle doit être obligatoirement pensée en fonction de ce contexte spécifique. Réclame a été écrit pour la résonance particulière de la rue Saint-Ferréol. Je ne sais pas si ailleurs, cette œuvre ferait sens. Par contre, l’espace public diminue la qualité d’écoute. Les bruits parasites sont très nombreux. On est bien obligé d’intégrer ces bruits. Le son est souvent problématique dans les spectacles de rue, il n’est pas toujours traité avec suffisamment d’attention.

Propos recueillis par Fred Kahn pour Blog 2.013

 

Réclame le 10 mai, rue Saint-Ferréol. A 19h 30 et 20h 15.

Renseignements : 04 91 03 81 28

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